Parlement européen à Strasbourg La notion d'identité européenne aurait pourtant dû être au cœur du débat, bien avant la mise en place de cette "constitution camouflée" pour reprendre les termes de Valérie Giscard d'Estaing.

Je suis un européen convaincu et aurais adopté sans hésiter ce traité européen si j'étais député à l'Assemblée Nationale. Et pourtant, je comprends plus que jamais la majeure partie des partisans du « non ». Ce « non » qui avait été si fort, autant en terme électif qu'en terme symbolique, que ce mot parmi les plus usités de la langue française nous rappelle inlassablement le refus du Traité Constitutionnel.

En analysant un peu les chiffres, si nous additionnons les partisans du « non » et les abstentionnistes du référendum de 2005 , nous obtenons près de 69 % de français qui ne veulent pas de l'Union Européenne, ne la comprennent pas ou la trouvent tout simplement inadaptée. N'était-ce pas là un symbole extrêmement fort ? C'était en fait le parfait moment pour ouvrir un débat public à l'échelle européenne. Au lieu de cela, on s'est contenté de « noter » cet événement. On a ensuite trouvé préférable de modifier contenu, contenant et méthode d'approbation pour « mieux faire passer la pilule » et surtout pour pouvoir avancer. Le problème est qu'à ce rythme, l'Union Européenne ne deviendra qu'un regroupement artificiel de circonscriptions tentant de piquer dans l'assiette de subventions du voisin.

L'Union Européenne se veut une Europe démocratique mais je me demande bien où cette démocratie transparait au yeux d'un simple citoyen. A aucun moment les citoyens européens dans leur ensemble n'ont été consultés pour construire cette union. Cela me paraît aussi aberrant que de proposer à une famille composée sur mesure, avec des personnes qui ne se connaissent pas, de s'installer ensemble dans une nouvelle maison.

A cela, il faut ajouter que d'un point vu national, les gouvernements successifs n'ont pas arrangé l'image de l'Union Européenne en l'utilisant maintes et maintes fois comme un épouvantail excusant leur incapacité à résoudre nos problèmes économiques, comme s'ils osaient nous faire croire qu'ils découvraient pour la première fois son existence. Du coup, cette nouvelle moeurs politique a transformé l'image d'une des plus belles ambitions que l'Homme ait porté en un nouveau dictat économique contre lequel même l'homme politique le plus haut placé ne peut rien.

Enfin, il faut prendre en compte l'élargissement rapide de l'Europe des 15 à 25 puis à 27 états, ce qui a renforcé l'impression de « perdre le contrôle » des citoyens européens historiques. D'autant que l'adhésion à l'Union Européenne a demandé des efforts parfois considérables à certains des nouveaux entrants, que ce soit concernant les critères de convergence ou le respect des valeurs démocrates et humaines qui leur étaient imposé. Certains même, comme la Pologne, se sont inscrits dans une démarche ouvertement auto-profitable. Or, toutes ces obligations ne devraient pas être une concession imposée par l'Union Européenne mais plutôt un objectif national élémentaire hors de toute espérance de « compensation ». l'intégration à l'Union Européenne deviendrait alors une simple volonté de s'unir avec d'autres états partageant les mêmes valeurs socio-économiques.

L'Union Européenne ne devrait ni être considérée comme un moyen d'accéder à de substantielles subventions, ni comme un oppresseur des économies nationales, ni comme un organe contrôlé par les grandes firmes multinationales, ni comme une entité élitiste et anti-citoyenne. Elle devrait d'abord être considérée comme un des projets humains les plus ambitieux que l'Homme ait pu porter au cours de l'Histoire, un projet d'espoir, de paix et d'humanisme. Cependant, il lui reste beaucoup d'efforts à fournir en terme d'amélioration de sa structure démocratique, c'est là la clé qui permettra à l'Union Européenne d'être porté en premier lieu par l'ensemble de ses citoyens bien plus loin que son élite n'aurait pu l'espérer.